Aller au contenu

  • Berlin, l’insaisissable !

    Il existe peu de villes où la liberté se ressent avec autant d’évidence.

    Non pas parce qu’elle est revendiquée.

    Mais parce qu’elle semble avoir été conquise.

    Berlin ne cherche pas à faire oublier son histoire. Elle vit avec. Le Mur, les mémoriaux, les immeubles marqués par les décennies, les terrains laissés vides… tout rappelle qu’ici, la liberté n’a jamais été acquise.

    Et pourtant, ce qui frappe le plus, ce n’est pas son passé.

    C’est la manière dont les Berlinois ont choisi de vivre avec lui.

    Je pensais connaître Berlin.

    J’y étais déjà venue quelques années plus tôt et, comme beaucoup, j’étais tombée sous le charme de son énergie brute, de ses immenses fresques, de ses anciennes friches industrielles et de cette impression que la ville refusait de rentrer dans les cases.

    J’avais simplement commencé à la découvrir.

    Et, contre toute attente, je me suis surprise à penser quelque chose que je n’aurais jamais imaginé écrire après mon premier séjour.

    Berlin est élégante.

    Je vous vois déjà lever un sourcil.

    Moi aussi.

    Parce que, soyons honnêtes, quand on pense à Berlin, on imagine plus facilement des Birkenstock portées avec des chaussettes qu’une leçon d’élégance.

    Et pourtant…

    L’élégance berlinoise n’a rien à voir avec des talons ou des costumes impeccables. Elle tient à cette liberté d’être soi, sans jamais chercher à impressionner.

    J’ai commencé à comprendre pourquoi dès mes premières heures à Mitte.

    S’il y a un endroit qui résume cette élégance berlinoise, c’est Auguststraße.

    J’y passe des heures sans regarder l’heure.

    Une galerie derrière une porte cochère. Un café caché dans une cour intérieure. Une librairie découverte au dernier moment. Il suffit souvent de pousser une porte pour tomber sur quelque chose d’inattendu.

    Située dans Mitte, le cœur historique de Berlin, Auguststraße raconte à elle seule une partie de la métamorphose de la ville. Longtemps marquée par la division entre l’Est et l’Ouest, elle est devenue l’une des rues les plus influentes de la scène artistique berlinoise. Derrière ses façades discrètes se cachent certaines des galeries les plus réputées d’Europe. À quelques minutes de marche, Fotografiska consacre plusieurs étages à la photographie contemporaine tandis que la galerie König a installé l’art contemporain dans l’ancienne église Saint Agnes.

    À quelques minutes de là, les Hackesche Höfe racontent un autre visage de Mitte. Construites au début du XXᵉ siècle, ces huit cours Art nouveau mêlaient déjà logements, ateliers et commerces. Aujourd’hui, on passe de l’une à l’autre comme dans un petit village caché, entre cafés, créateurs et boutiques indépendantes.

    J’aime tout autant flâner sur Rosenthaler Straße, qui longe les Hackesche Höfe.

    S’il y a un endroit où mon mari sait qu’il va devoir patienter, c’est bien ici. Je m’arrête devant presque chaque concept store. Les sélections sont pointues sans être intimidantes. On y découvre de jeunes marques, du design, de la papeterie, de la décoration… Le genre de boutiques qui donnent envie de refaire entièrement son intérieur alors qu’on était simplement sortie chercher une glace.

    C’est aussi ici que mes enfants ont décrété avoir trouvé la meilleure glace de Berlin. Enfin… du monde, si j’en crois leur enthousiasme.

    Trois passages chez Canal en quelques jours.

    J’aimerais vous dire que nous revenions admirer les Hackesche Höfe.

    La vérité est beaucoup moins glorieuse.

    Nous revenions surtout pour cette glace.

    Et je dois reconnaître qu’ils avaient peut-être raison.

    C’est également dans ce quartier que nous sommes entrés presque par hasard à la Biennale de Berlin. Nous pensions simplement visiter une exposition. Nous avons finalement terminé la soirée un verre à la main, dans le bar installé au cœur du lieu, au milieu d’un événement que nous n’avions absolument pas prévu.

    Quelques stations plus loin, un autre Berlin apparaît : Kreuzberg.

    Si Mitte raconte le renouveau culturel de la ville, Kreuzberg en raconte sans doute l’âme la plus libre.

    Longtemps adossé au Mur, le quartier est devenu, dès les années 1970, un refuge pour les étudiants, les artistes, les musiciens, les militants et une importante communauté turque. Bien avant que la diversité ne devienne un argument marketing, elle faisait déjà partie de son identité.

    C’est ce qui rend Bergmannstraße et Graefestraße si agréables.

    On n’y vient pas pour cocher une liste d’adresses.

    On y vient pour vivre Berlin.

    Les cafés débordent sur les trottoirs, les librairies indépendantes côtoient les concept stores, les boulangeries artisanales voisinent avec des restaurants venus des quatre coins du monde. Puis, sans vraiment s’en rendre compte, on finit au bord du Landwehrkanal, où les Berlinois se retrouvent dès que le soleil apparaît.

    À Berlin, les quartiers vivent d’abord pour ceux qui les habitent. C’est sans doute ce qui les rend si attachants.

    Après la chute du Mur, il fallait réinventer une ville coupée en deux.

    Les Berlinois auraient pu effacer les traces du passé.

    Ils ont choisi de construire avec lui.

    Je repars avec l’impression que Berlin ne s’est pas encore complètement laissée découvrir.

    Et c’est peut-être ce qui donne envie d’y revenir.

    22 juillet 2026

  • Une autre manière de visiter Dubaï

    J’ai longtemps refusé d’aller à Dubaï.
    À cause de ses clichés, de son image impressionnante, parfois bruyante, de cette réputation sulfureuse qui semblait laisser peu de place au sensible, au juste, à l’élégance tranquille.

    Et puis, à force de la voir toujours racontée de la même façon, j’ai fini par comprendre que le problème n’était peut-être pas la ville, mais le regard que l’on pose sur elle.
    Dubaï ne se résume pas à ce qu’elle montre le plus fort.
    Elle gagne à être regardée dans ses interstices.

    Dans une ruelle ombragée d’Al Fahidi à l’heure où la chaleur retombe.
    Dans un café presque vide un matin de semaine.
    Dans le silence inattendu d’une plage avant que la ville ne se réveille vraiment.

    Lorsqu’on cesse de la consommer comme un spectacle, Dubaï devient profondément intéressante.
    Ce n’est pas une ville que l’on aime immédiatement.
    C’est une ville que l’on choisit — ou pas.


    Derrière l’exhubérance, la douceur qui se mérite

    Dubaï n’a pas besoin d’être aimée pour ce qu’elle crie mais pour ce qu’elle murmure.

    Dans le quartier historique d’Al Fahidi, le temps ralentit.
    Les murs sont patinés, les cours intérieures silencieuses, les ruelles invitent à marcher sans but précis.

    Le long de la Dubai Creek, les abra glissent doucement d’une rive à l’autre.
    Le geste est simple, presque banal, et pourtant il raconte un autre Dubaï, plus ancien, plus humain.

    Plus à l’ouest, Jumeirah offre un rythme encore différent.
    Un quartier bas, aéré, presque résidentiel.
    On longe la mer, on s’arrête sans raison, on laisse la lumière organiser la journée à notre place.

    C’est un Dubaï du quotidien, rarement montré, mais profondément apaisant.

    Ralentir à Dubaï ne signifie pas s’effacer.
    Cela demande, au contraire, une forme d’attention active.

    Il faut savoir choisir : ce que l’on traverse, ce que l’on ignore, ce que l’on regarde vraiment.
    Dubaï ne se donne pas à celles et ceux qui cherchent une émotion immédiate.
    Elle s’adresse plutôt à ceux qui acceptent de faire le tri. Non pas pour consommer moins, mais pour consommer mieux.

    Peut être qu’une ville réputée bruyante peut devenir étonnamment précise, presque élégante, dès lors qu’on cesse de la parcourir comme un catalogue.
    Dubaï n’est ni intime, ni spectaculaire par nature.
    Elle devient intéressante quand on l’aborde comme un espace à habiter, temporairement, avec discernement.

    Ce n’est pas une destination que l’on subit.
    C’est une ville que l’on compose.

    Et dans cette composition, entre lumière intense, chaleur ennivrante, logistique fluide et échappées possibles, Dubaï révèle une qualité rare :
    celle de laisser chacun décider du niveau d’intensité qu’il souhaite vivre.


    Où dormir à l’ombre des grattes-ciel

    XVA Art Hotel

    Un hôtel de charme niché dans une maison traditionnelle restaurée.
    Art, calme, cour intérieure.
    Idéal pour une famille qui cherche du sens plutôt que du spectaculaire.

    Al Seef Heritage Hotel

    Une immersion élégante dans un Dubaï ancien, réinterprété avec sobriété.
    Tout se fait à pied, l’atmosphère est paisible, presque hors du temps.

    Jumeirah Dar Al Masyaf

    Plus spacieux, très agréable en famille.
    Verdure, canaux, plage accessible.
    Le confort sans ostentation.


    Les parenthèses gourmandes

    Orfali Bros Bistro

    Cuisine sincère, créative, chaleureuse.
    Une adresse où l’on se sent divinement bien, même avec des enfants.

    SEVA

    Un lieu apaisant, végétarien, presque méditatif.
    Parfait pour ralentir, déjeuner sans agitation.

    Wild & The Moon

    Simple, lumineux, sans dogme.
    Une évidence pour des repas rapides sains et bons.

    Bait Maryam

    Une cuisine levantine chaleureuse, précise, sans folklore.
    Des plats qui racontent une histoire familiale.


    Shopping et petits caprices

    Gold & Diamond Park
    Un ensemble de joailliers indépendants, à l’écart du Gold Souk (à voir également).
    Des ateliers spécialisés dans le sur-mesure, avec des délais courts et une vraie liberté de dessin.

    Comptoir 102
    Concept-store mêlant mode, objets et café.
    Sélection resserrée, axée sur des marques confidentielles et des pièces faciles à porter au quotidien.

    The Edit Dubai
    Boutique multimarques tournée vers un vestiaire contemporain.
    Des collections en petites séries, loin des logos et des saisons trop marquées.

    Tashkeel
    Espace dédié au design et à la création locale.
    Objets, livres et éditions issus de collaborations avec des artistes et designers de la région.

    Alserkal Avenue
    Quartier créatif installé dans d’anciens entrepôts.
    Galeries, librairies et ateliers accessibles à pied, sans parcours imposé.


    Le desert et bien plus encore

    Le désert, en version contemplative, tôt le matin ou à la tombée du jour.
    Marcher, s’asseoir, regarder le paysage changer. Le silence impressionne et nourrit.

    Les traversées de la Creek en abra, simples et peu coûteuses.
    Les plages de Jumeirah en semaine, pieds nus, sans mise en scène.

    Ici, rien à réussir. Juste être là.


    Virées en villes voisines

    Et si le temps le permet, plusieurs villes voisines sont accessibles rapidement
    Des échappées simples, à la journée ou sur une courte nuit, qui apportent d’autres lectures de la région.

    Abu Dhabi
    À environ une heure de route, Abu Dhabi propose une atmosphère plus institutionnelle et plus culturelle.
    Musées, architecture contemporaine pensée pour la contemplation, espaces vastes et calmes.
    Une option idéale pour une journée structurée, plus silencieuse que Dubaï.

    Sharjah
    Encore plus proche, Sharjah offre un regard différent : plus ancré, plus local, moins mis en scène.
    On y perçoit davantage l’histoire et les traditions de la région, en marge des mondanités.

    Oman
    Si l’on dispose de davantage de temps, Oman devient une évidence.
    En moins d’une heure de vol, le paysage change radicalement : montagnes minérales, routes longues, villages sobres.
    Une extension naturelle du séjour, pour celles et ceux qui souhaitent ajouter une dimension plus brute et plus silencieuse.

    Autant de respirations possibles, sans alourdir le voyage. Dubaï n’impose rien. Elle laisse faire. Et c’est exactement ce qu’on recherche…


    Conseils Maison Chill

    Éviter Downtown pour dormir
    Downtown impressionne, mais fatigue rapidement. Pour vivre la ville avec plus de justesse, privilégier des quartiers plus horizontaux et lisibles comme Jumeirah, Al Seef ou Al Fahidi, puis traverser Downtown ponctuellement, sans s’y installer.

    Prévoir un retour au logement en milieu de journée
    L’idéal est de sortir tôt le matin, quand la lumière est encore douce et la ville plus calme, puis de rentrer se poser avant que la chaleur et le rythme ne s’intensifient. Cette respiration change totalement l’expérience : on observe mieux, on fatigue moins, et l’on ressort ensuite en fin d’après-midi avec une énergie nouvellle.

    20 janvier 2026

Retour à l'accueil